
La réglementation de la Réserve Naturelle Marine de La Réunion ne se contente pas de protéger les coraux ; elle expose les contrevenants à des sanctions financières immédiates pouvant atteindre 22 500 €.
- Les zones de « Sanctuaire » (poteaux orange) sont strictement interdites à toute présence humaine.
- La pêche et le prélèvement de souvenirs (coquillages, coraux) sont sévèrement encadrés ou prohibés.
Recommandation : Téléchargez l’application officielle RNMR pour vous géolocaliser en temps réel et vérifier si vous nagez en zone autorisée.
Le lagon de La Réunion offre un spectacle turquoise idyllique, mais pour l’usager averti, cette beauté cache un découpage administratif rigoureux. Nombreux sont les baigneurs qui, pensant simplement profiter de l’océan, se retrouvent en infraction sans même le savoir, faute de comprendre une signalétique parfois subtile. Entre les zones de protection renforcée et les sanctuaires intégraux, la ligne est fine entre une baignade légale et un procès-verbal.
On entend souvent dire qu’il suffit de « respecter la nature » pour être tranquille. C’est une erreur d’appréciation dangereuse. La réglementation est précise, géographique et ne souffre aucune ignorance. Au-delà des simples règles de bon sens, il existe un code strict défini par arrêté préfectoral que tout usager de la mer se doit de maîtriser. En tant qu’agent assermenté, mon rôle est de vous donner les clés de lecture de ce territoire partagé.
Mais si la véritable clé pour éviter l’amende n’était pas seulement de regarder les panneaux, mais de savoir lire l’eau elle-même ? Dans ce guide, nous décrypterons ensemble la carte invisible qui régit notre littoral, des balises orange aux uniformes bleus, pour que votre sortie reste un plaisir et non une convocation au tribunal.
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Pour naviguer sereinement dans ces eaux réglementées, il est impératif de comprendre la structure précise des interdictions et vos droits réels. Voici le plan détaillé de notre inspection réglementaire.
Sommaire : Guide réglementaire de la Réserve Marine
- Pourquoi est-il strictement interdit de mettre un orteil dans les zones rouges de la carte ?
- Peut-on pêcher à la gaulette le dimanche dans le lagon de l’Ermitage ?
- Qui sont ces agents en bleu sur la plage et quel est leur pouvoir réel ?
- Qui appeler si vous voyez quelqu’un marcher sur les coraux ou braconner ?
- Que signifient les différents drapeaux et panneaux à l’entrée des plages de l’Ouest ?
- Peut-on faire voler un drone au-dessus des cirques classés UNESCO ?
- Peut-on ramener des fleurs ou des graines de La Réunion dans sa valise ?
- Nager avec les tortues à La Réunion : les règles strictes pour ne pas les déranger
Pourquoi est-il strictement interdit de mettre un orteil dans les zones rouges de la carte ?
La carte de la Réserve Naturelle Marine n’est pas une suggestion, c’est un document légal qui définit des niveaux de sanctions graduelles. Les « zones rouges », ou zones de protection intégrale, ne sont pas fermées au public par caprice, mais parce que l’écosystème y est à un point de rupture critique. L’objectif est de laisser le milieu se régénérer sans aucune pression anthropique. Le piétinement, même accidentel, brise des décennies de croissance corallienne.
Cette rigueur s’explique par l’urgence écologique : un bilan environnemental récent révèle que les taux de recouvrement en corail sont passés en moyenne de 49 % en 2000 à 34 % en 2018. Face à ce déclin, la réglementation applique une tolérance zéro. Comprendre le zonage, c’est comprendre ce que vous risquez financièrement à chaque coup de palme.
L’image ci-dessous illustre la fragilité extrême de ces structures que la loi protège :

Comme vous pouvez le constater, la structure même du corail rend tout contact destructeur. Pour dissuader les infractions, le législateur a prévu un barème d’amendes dissuasif, résumé dans le tableau suivant :
Ce tableau détaille les risques encourus selon votre position géographique, comme le précise un aperçu des sanctions officielles.
| Niveau de protection | Surface approximative | Activités autorisées | Amende encourue en cas d’infraction |
|---|---|---|---|
| Zone de protection générale (Niveau 1) | ~50 % de la réserve | Baignade surveillée, pêche de loisir encadrée, navigation limitée | 150 € à 450 € |
| Zone de protection renforcée (Niveau 2) | ~45 % de la réserve | Découverte uniquement (PMT dans zones balisées), pêche traditionnelle sur carte | 750 € à 3 750 € |
| Zone de protection intégrale / Sanctuaire (Niveau 3) | ~5 % de la réserve | Aucune activité humaine autorisée | 1 500 € à 22 500 € |
Une fois le zonage compris, il convient d’aborder une activité très populaire mais tout aussi réglementée : la pêche de loisir.
Peut-on pêcher à la gaulette le dimanche dans le lagon de l’Ermitage ?
Il existe une croyance tenace selon laquelle la pêche à la gaulette serait un droit inaliénable le week-end. C’est faux. La pêche dans la Réserve Marine est une activité dérogatoire, strictement encadrée, qui ne s’improvise pas. Le « dimanche » ne confère aucune immunité. La pêche à pied dans les lagons coralliens est, par principe, interdite pour préserver la ressource et les habitats, sauf pour les détenteurs d’une carte spécifique.
La pression sur la ressource est telle que l’administration impose des quotas drastiques. Actuellement, ce sont 800 cartes de pêche traditionnelle délivrées par an seulement, soumises à des conditions de résidence et d’antériorité. Sans ce sésame, pêcher dans le lagon, même avec une simple gaulette, vous expose à la confiscation immédiate de votre matériel et à une amende de 5ème classe.
Checklist de conformité pour le pêcheur de loisir
- Vérifier sa zone : la pêche à pied à la ligne est autorisée uniquement depuis les rivages rocheux volcaniques et les plages de sable noir, en dehors des zones de récifs coralliens.
- Respecter les horaires : la pêche de loisir est interdite de nuit dans toute la réserve naturelle marine.
- Observer les limites de prises : maximum 5 kg par pêcheur et par jour à l’intérieur de la réserve, avec obligation de déclaration de captures.
- Matériel autorisé uniquement : l’usage de filets, foënes et armes de pêche sous-marine est interdit dans les zones de protection renforcée ; tout matériel interdit sera confisqué.
- Zones totalement interdites : la pêche est strictement interdite dans les zones de protection intégrale (sanctuaires) et dans les passes de l’Ermitage, Trois-Bassins et Colimaçons pour la pêche sous-marine.
L’ignorance de ces règles spécifiques au matériel et aux zones ne sera pas retenue comme excuse lors d’un contrôle.
Si vous enfreignez ces règles, vous aurez affaire aux forces de l’ordre présentes sur le littoral. Mais qui sont-ils exactement ?
Qui sont ces agents en bleu sur la plage et quel est leur pouvoir réel ?
Sur les plages de l’Ouest, vous croiserez différents uniformes. Il est crucial de distinguer l’animateur de prévention de l’agent de police judiciaire. Les gardes de la Réserve Naturelle Marine (en bleu marine) et les agents de l’Office Français de la Biodiversité (OFB, souvent en kaki ou bleu technique) sont assermentés et commissionnés. Cela signifie qu’ils disposent de pouvoirs de police judiciaire étendus : ils peuvent vous contrôler, fouiller vos glacières (s’il y a suspicion de délit), saisir votre matériel de pêche ou de plongée, et dresser des procès-verbaux qui seront transmis directement au Procureur de la République.
L’efficacité de ces contrôles est bien réelle et s’intensifie. À titre d’exemple, lors d’une série d’opérations menées en septembre 2024, 14 opérations de contrôle ont été menées sur le département par les différents services, aboutissant à la constatation immédiate de plusieurs infractions. Contrairement aux idées reçues, la « simple pédagogie » laisse de plus en plus place à la sanction face à la récidive ou aux comportements délibérés.
Réalité du terrain : les contrôles de septembre 2024
En septembre 2024, 14 opérations de contrôle ont été menées sur le département par des agents de l’OFB, le Parc National et la gendarmerie. Ces contrôles ont permis de déceler 8 infractions, uniquement des contraventions. Aurélien Landelle, chef de service à l’OFB Réunion, a précisé que les parquets adaptent la réponse pénale en fonction du profil des mis en cause et de l’impact réel du comportement, pouvant aller d’une alternative aux poursuites à une amende de contravention de 5e classe (jusqu’à 1 500 € maximum).
Ces agents ne peuvent pas être partout. C’est pourquoi la vigilance citoyenne est encouragée, à condition de savoir qui contacter.
Qui appeler si vous voyez quelqu’un marcher sur les coraux ou braconner ?
La protection du lagon est une responsabilité collective. En tant qu’usager, vous êtes souvent le premier témoin d’une infraction : un touriste marchant sur les coraux par ignorance, ou un braconnier posant un filet à la tombée de la nuit. Intervenir soi-même peut être délicat, voire dangereux. La procédure recommandée est de signaler les faits aux autorités compétentes qui pourront intervenir avec les moyens légaux appropriés.
Comme le rappellent souvent les responsables de la surveillance :
Il est indispensable que l’ensemble de la population s’approprie ce patrimoine naturel comme un bien commun à respecter.
– Aurélien Landelle, Entretien Imazpress
Afin d’agir efficacement sans vous mettre en danger, voici les contacts officiels à privilégier selon la nature de l’observation :
Contacts d’urgence et signalement
- Pour une infraction en cours dans la réserve marine (piétinement de coraux, pêche en zone interdite) : contacter la Direction de la Mer Sud Océan Indien (DMSOI) au +262 262 42 05 50.
- Pour un braconnage actif avec filets ou matériel prohibé (délit pénal) : appeler le 17 (gendarmerie) car cela constitue un délit passible de 22 500 € d’amende avec possibilité de perquisition.
- Pour signaler une tortue blessée ou en danger : contacter le centre Kélonia, centre de soins et d’observation des tortues marines à La Réunion.
- Pour se géolocaliser et vérifier la réglementation en temps réel : télécharger l’application RNMR (disponible sur App Store et Play Store) qui affiche la cartographie interactive des zones.
- Pour un signalement d’espèce invasive ou de plante interdite en milieu naturel : utiliser le formulaire du Groupe Espèces Invasives de La Réunion (GEIR) sur especesinvasives.re.
Pour éviter d’être soi-même en infraction, la lecture correcte de la signalétique sur place est la compétence de base à acquérir.
Que signifient les différents drapeaux et panneaux à l’entrée des plages de l’Ouest ?
Avant même de mettre un pied dans l’eau, le paysage vous parle. La signalétique côtière à La Réunion est double : il y a celle de la sécurité civile (les drapeaux de baignade des MNS) et celle de la protection environnementale (les balises de la Réserve). Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente. Un drapeau vert MNS signifie que la baignade est surveillée et sans danger physique, mais ne vous dit rien sur le droit de marcher au fond ou de pêcher.
L’élément le plus critique à repérer dans le paysage est le balisage des « Sanctuaires » (Zones de Protection Intégrale). Ce sont des zones totalement interdites à l’homme.
L’illustration suivante montre ces marqueurs visuels essentiels :

Ces poteaux orange ne sont pas des bouées de virage pour nageurs. Ils forment une frontière invisible mais légale. Franchir la ligne imaginaire entre deux poteaux constitue une infraction immédiate.
La réglementation ne s’arrête pas à la surface de l’eau. Elle s’étend aussi dans les airs, notamment pour les amateurs d’images aériennes.
Peut-on faire voler un drone au-dessus des cirques classés UNESCO ?
L’espace aérien de La Réunion est l’un des plus complexes à appréhender pour les télépilotes de loisir, car il superpose les règles de l’aviation civile classique aux interdictions strictes du Parc National. Faire voler un drone au-dessus des cirques ou du lagon n’est pas anodin. Le bruit généré par les rotors perturbe la faune, notamment les oiseaux marins et les rapaces endémiques qui peuvent abandonner leur nid.
C’est pourquoi le survol en drone est interdit dans un rayon de 200 mètres autour de nombreux sites sensibles. Ignorer ces zones d’exclusion aérienne peut entraîner la saisie du drone et de fortes amendes, d’autant que les agents du Parc National veillent au grain.
Plan de vol légal pour drone à La Réunion
- Vérifier la carte Geoportail/SIA : La Réunion est soumise aux mêmes règles que la métropole (régime européen pour les drones civils), mais avec des zones spécifiques supplémentaires liées au Parc National.
- Cœur du Parc National : le survol est possible sur la majeure partie du territoire à condition de piloter de jour, à vue depuis les sentiers, et de ne pas survoler les personnes ni les habitations (en particulier dans le cirque de Mafate).
- Zones totalement interdites : le massif de La Roche Écrite (de Dos d’Âne à la Plaine des Chicots), les remparts de la Rivière des Remparts, et d’autres zones protégées pour les oiseaux endémiques.
- Réserve Marine : le survol par drone et ULM à une altitude inférieure à 300 mètres est interdit sur toute l’étendue de la réserve marine.
- Autorisation spécifique : pour un vol en catégorie spécifique, solliciter la DSAC-OI par mail à ag.dsac-oi@aviation-civile.gouv.fr ; en zone ZICAD, adresser le formulaire à drones@reunion.gouv.fr.
Tout comme les images, certains souvenirs physiques sont tentants à emporter, mais la biodiversité locale est protégée jusqu’aux portes de l’avion.
Peut-on ramener des fleurs ou des graines de La Réunion dans sa valise ?
La tentation est grande de ramener un morceau de « l’île intense » chez soi : une bouture d’orchidée sauvage, des graines ramassées en forêt ou du sable volcanique. Cependant, la biosécurité et la protection des espèces endémiques imposent des règles strictes. La Réunion abrite une biodiversité unique mais fragile, menacée par le pillage horticole et l’introduction de maladies. Le code de l’environnement interdit formellement le prélèvement en milieu naturel.
La liste des interdits est longue : on compte 238 espèces végétales et 48 espèces animales terrestres protégées à La Réunion. Les douanes effectuent des contrôles aléatoires aux départs, et la découverte de spécimens protégés dans vos bagages constitue un délit de trafic d’espèces protégées.
Cadre légal : l’arrêté ministériel de 2017
L’arrêté ministériel du 27 octobre 2017 liste 238 espèces végétales protégées à La Réunion. La récolte de graines au pied et sur des spécimens sauvages en milieu naturel est formellement interdite afin de ne pas compromettre la régénération naturelle. Toute utilisation reste soumise à une demande de dérogation officielle auprès de la DEAL. Les spécimens sauvages des espèces listées ne peuvent être ni détruits, ni coupés, ni mutilés, ni arrachés, ni cueillis, ni transportés, ni utilisés, ni vendus sous quelque forme que ce soit.
Enfin, la rencontre la plus magique reste celle avec la faune marine, qui requiert elle aussi un protocole d’approche rigoureux.
À retenir pour une sortie conforme
- Les zones sanctuaires (poteaux orange) sont des zones d’exclusion totale : ni nage, ni marche.
- La pêche de loisir nécessite de vérifier le zonage et le matériel autorisé : pas de foëne, pas de pêche de nuit.
- Les agents de la Réserve et de l’OFB ont pouvoir de police judiciaire : leurs contrôles sont fréquents et sanctionnés.
Nager avec les tortues à La Réunion : les règles strictes pour ne pas les déranger
L’observation des tortues marines est le point d’orgue de nombreuses sorties dans le lagon. Pourtant, l’enthousiasme ne doit jamais l’emporter sur le respect de l’animal. Il ne s’agit pas d’animaux domestiques, mais d’espèces sauvages protégées dont le repos et l’alimentation sont vitaux. Le harcèlement, même involontaire (comme toucher la carapace ou bloquer la remontée pour respirer), est une infraction caractérisée de perturbation intentionnelle.
La richesse du site est exceptionnelle, puisque 5 espèces de tortues marines protégées en France sont présentes dans nos eaux. Pour garantir que cette cohabitation reste durable, une charte de bonne conduite, validée par les scientifiques, doit être appliquée par chaque nageur.
Charte d’approche respectueuse des tortues
- Maintenir une distance d’au moins 5 mètres avec toute tortue marine rencontrée dans l’eau, ne jamais l’encercler.
- Ne jamais nourrir une tortue : résistez à l’envie de lui tendre de la nourriture, cela perturbe son comportement alimentaire naturel.
- Ne pas piétiner les herbiers et récifs : ce sont les zones où les tortues se réfugient pour s’alimenter et se reposer.
- Privilégier une crème solaire minérale, moins nocive pour l’environnement marin et les espèces.
- Ne laisser aucun déchet, surtout les sacs plastiques qui risquent de finir dans l’estomac des tortues.
- Contacter le centre Kélonia pour signaler toute tortue blessée ou en danger.
- Visionner la vidéo de la brigade Quiétude avant toute sortie snorkeling ou bateau.
Respecter ces règles, c’est s’assurer que les générations futures pourront elles aussi vivre cette expérience. La préservation commence par votre comportement individuel.
Téléchargez dès maintenant l’application RNMR pour disposer de la carte interactive et nagez l’esprit tranquille.
Questions fréquentes sur la réglementation de la Réserve Marine
Comment savoir en temps réel dans quelle zone de la réserve je me trouve ?
L’application mobile RNMR (Réserve Naturelle Marine de La Réunion), disponible sur App Store et Play Store, permet de se géolocaliser et d’afficher la carte interactive des zones de protection avec la réglementation applicable à chaque activité.
Les zones de baignade surveillées sont-elles automatiquement en zone autorisée de la réserve ?
Oui, les zones réservées à la baignade à proximité des plages sont situées en zone de protection générale (niveau 1), où la baignade est autorisée. En revanche, hors de ces zones balisées, la baignade et l’usage des palmes, masques et tubas sont interdits dans les lagons.
Que signifient les poteaux orange plantés dans le lagon ?
Les poteaux orange de grande hauteur délimitent les zones de protection intégrale (sanctuaires) où toute présence humaine est strictement interdite. Il en existe cinq sur le littoral ouest, de l’Ermitage à l’Étang-Salé.