Publié le 15 mars 2024

En résumé :

  • La montée au Maïdo n’est pas qu’un trajet : chaque pause pour le moteur est une chance de découvrir un lieu unique.
  • Une conduite souple et anticipée dans les virages est la clé pour le confort de tous et la santé de la mécanique.
  • Les meilleurs spots (pique-nique, hamac) appartiennent à ceux qui arrivent tôt et respectent la nature fragile des hauts.
  • La descente se prépare autant que la montée, avec le frein moteur comme meilleur allié pour la sécurité.

Ah, la route du Maïdo ! Ses 400 virages, ses paysages qui changent à chaque lacet et, bien sûr, cette petite angoisse qui monte en même temps que la voiture : le voyant de température. On a tous connu ce moment où l’on se demande si le moteur va tenir jusqu’au sommet. On se concentre sur la mécanique, on guette la moindre fumée suspecte, et on finit par transformer ce qui devrait être une balade magnifique en une épreuve de stress automobile.

La plupart des conseils se focalisent sur la technique pure : rétrograder, ne pas trop pousser les rapports… C’est juste, mais c’est passer à côté de l’essentiel. Et si le vrai secret n’était pas de lutter contre la surchauffe, mais de l’utiliser à notre avantage ? Si chaque pause « forcée » pour laisser refroidir le moteur devenait en réalité une étape planifiée, une micro-aventure qui enrichit le voyage ? Cette route n’est pas qu’un accès au point de vue, c’est une destination en soi, un écosystème vivant avec ses artisans, ses activités et ses secrets.

C’est cette philosophie que je vous propose d’adopter. Oublions la course vers le sommet et transformons ce trajet en une véritable exploration. Cet article est votre feuille de route pour faire de chaque arrêt une découverte, en alliant la prudence mécanique au plaisir de la flânerie. On va voir comment fonctionnent les alambics, où trouver le spot de pique-nique parfait, comment conduire en douceur et pourquoi la descente est aussi importante que la montée.

Pour vous guider dans cette approche décontractée de la montée, voici un aperçu des pépites et des conseils qui vous attendent le long du chemin. Chaque point est une invitation à couper le moteur et à ouvrir grand les yeux.

Comment fonctionne un alambic traditionnel de géranium rosat ?

Premier prétexte parfait pour une pause stratégique : l’odeur envoûtante qui flotte soudain dans l’air. Sur la route du Maïdo, vous croiserez forcément une petite case en tôle d’où s’échappe une vapeur parfumée. C’est le signe que vous approchez d’un alambic traditionnel. Entrez, c’est une expérience sensorielle. Le processus est un art qui demande patience et savoir-faire. Le distillateur, comme Jean-Yves Bègue qui a appris le métier de son père, passe près de quatre heures à surveiller son feu pour extraire la précieuse huile essentielle.

Le principe est une distillation à la vapeur d’eau. Les feuilles de géranium rosat sont tassées dans la cuve de l’alambic en cuivre. L’eau chauffée en dessous produit de la vapeur qui, en traversant les feuilles, se charge des molécules aromatiques. Cette vapeur passe ensuite dans un serpentin refroidi à l’eau, où elle se condense. À la sortie, on récupère deux liquides qui ne se mélangent pas : l’hydrolat (ou eau florale) et, flottant au-dessus, la fameuse huile essentielle. C’est un travail d’orfèvre quand on sait qu’il faut en moyenne 350 kg de feuilles pour obtenir seulement 1 litre d’huile essentielle.

Alambic en cuivre traditionnel avec vapeur s'échappant lors de la distillation du géranium

Assister à cette transformation est fascinant. C’est comprendre un pan de l’histoire agricole des hauts de La Réunion. Pendant que vous discutez avec l’artisan et que vous humez les parfums, votre moteur, lui, vous remerciera pour cette pause bienvenue avant de reprendre l’ascension. C’est ça, la mécanique du plaisir : allier l’utile à l’agréable.

Comment conduire dans les virages du Maïdo sans rendre ses passagers malades ?

Voilà la deuxième clé d’une montée réussie : le confort de vos passagers. Un moteur qui chauffe, c’est une chose. Des passagers qui virent au vert, c’en est une autre ! La route du Maïdo est un enchaînement de virages serrés qui peut vite devenir un calvaire si la conduite n’est pas adaptée. Le secret n’est pas d’aller vite, mais de viser la fluidité, le « rythme de croisière créole ». L’ascension complète prend entre 45 minutes et 1 heure pour atteindre les 2 190 mètres d’altitude, alors autant que ce soit agréable pour tout le monde.

Pour devenir le roi de la trajectoire douce, voici quelques réflexes de chauffeur local à adopter :

  • Anticipez, toujours : Votre regard doit porter loin, au-delà du prochain virage. Scannez la route pour repérer la courbe suivante et adapter votre allure bien en amont.
  • Freinez avant, accélérez dedans : La règle d’or. On réduit sa vitesse avant d’entrer dans le virage, lorsque les roues sont encore droites. Une fois dans la courbe, on maintient un filet de gaz constant pour stabiliser la voiture. Les freinages brusques en plein virage sont la cause n°1 du mal des transports.
  • Le volant se caresse : Évitez les coups de volant saccadés. Soyez doux et progressif. Imaginez que vous avez un verre d’eau sur le tableau de bord et que vous ne voulez pas en renverser une goutte.
  • Faites des pauses régulières : Même sans surchauffe, s’arrêter 5 minutes à un kiosque permet à l’oreille interne de vos passagers de se réhabituer à l’horizontal. C’est l’excuse parfaite pour une photo.

En adoptant cette conduite préventive, non seulement vous préservez le bien-être de vos passagers, mais vous sollicitez aussi moins brutalement la mécanique. Le moteur force moins, chauffe moins, et tout le monde arrive au sommet avec le sourire. C’est un cercle vertueux !

Où trouver une place de pique-nique libre le dimanche dans la forêt du Maïdo ?

La montée est maîtrisée, le moteur respire. Il est temps de penser à l’une des traditions les plus sacrées de La Réunion : le pique-nique du dimanche. La forêt de tamarins du Maïdo est le terrain de jeu favori des familles réunionnaises. Mais qui dit populaire, dit bondé ! Trouver un kiosque libre avec sa table et son foyer après 9h du matin le week-end relève de la mission impossible. Alors, comment faire pour profiter de son carry dans ce cadre idyllique sans jouer des coudes ?

La réponse tient en un mot : l’anticipation. Le Réunionnais prévoyant est sur site aux aurores. Pour mettre toutes les chances de votre côté, voici la stratégie des initiés :

  • Levez-vous tôt : C’est la règle numéro un. Pour avoir le choix, il faut arriver sur les aires de pique-nique entre 5h et 7h du matin. Oui, ça pique, mais le spectacle du lever de soleil sur la forêt et la tranquillité des lieux valent largement l’effort.
  • Éloignez-vous des premiers kiosques : La plupart des gens s’arrêtent sur les premières aires en venant de Saint-Paul. Continuez votre route ! Les zones situées plus haut, vers le Gîte des Tamarins ou en direction de la route forestière du Tévelave, sont souvent moins fréquentées.
  • Explorez la Route Forestière des Tamarins : Cette route de 30 km reliant le Maïdo au Tévelave est une mine d’or pour les chercheurs de tranquillité. Les kiosques y sont nombreux et souvent plus isolés.
  • Pensez « en semaine » : Si votre planning le permet, un pique-nique en semaine au Maïdo est une expérience totalement différente. Le calme est quasi absolu.

Et n’oubliez pas la règle d’or du pique-niqueur respectueux : on repart avec tous ses déchets. Les kiosques sont des espaces précieux, et le bivouac y est parfois toléré à condition de laisser le lieu impeccable, en utilisant uniquement les espaces prévus pour le feu. Le respect de la nature fait partie intégrante de l’expérience.

À quel âge peut-on faire de la luge sur les pistes du Maïdo ?

Une fois le pique-nique installé, ou simplement pour une pause ludique, il y a une activité qui met tout le monde d’accord sur les pentes du Maïdo : la luge d’été ! Oubliez la neige, ici on glisse sur des pistes aménagées sous les magnifiques tamarins. C’est l’arrêt « plaisir » par excellence, qui défoule les enfants et amuse les grands. Le Parc de la Luge est l’attraction phare, où l’on peut dévaler les pentes seul ou à deux, en contrôlant sa vitesse avec un simple levier.

La bonne nouvelle, c’est que la luge est une activité très accessible. En général, les enfants peuvent pratiquer seuls à partir de 7 ou 8 ans, et les plus jeunes peuvent accompagner un adulte. C’est vraiment l’activité familiale par excellence. Mais le parc ne se limite pas à ça. C’est un véritable pôle de loisirs en pleine nature : équitation, quad, et même des parcours d’accrobranche pour les plus téméraires. Pour ces derniers, il faut noter qu’un âge minimum est souvent requis ; par exemple, il faut avoir 8 ans minimum pour les parcours d’accrobranche du parc Enlèr Pied’ Bois.

Enfants descendant en luge d'été sous les tamarins dans la forêt du Maïdo

Cette pause « activité » est une excellente façon de rythmer la montée. Elle coupe le trajet en deux et permet de se dégourdir les jambes avant d’attaquer la partie finale de l’ascension vers le belvédère. C’est une autre application de notre philosophie : on ne subit pas le trajet, on le parsème d’expériences mémorables. Pendant que les enfants s’éclatent sur la piste de luge, le moteur de la voiture profite d’une longue et reposante pause à l’ombre des tamarins.

Pourquoi faut-il utiliser le frein moteur lors de la longue descente vers Saint-Paul ?

On pense souvent que seule la montée est un défi pour la voiture. Erreur ! La longue descente du Maïdo est tout aussi, sinon plus, exigeante pour la mécanique, et surtout pour votre sécurité. La pente est raide et continue. Pour donner une idée, la fameuse descente VTT du Maïdo représente 2 200 mètres de dénivelé négatif ! Sur la route, le réflexe est de garder le pied sur la pédale de frein. C’est la pire chose à faire. Une sollicitation continue des freins provoque leur surchauffe, les rend moins efficaces et peut, dans le pire des cas, entraîner une perte totale de freinage.

La solution, c’est votre meilleur ami en descente : le frein moteur. Il s’agit d’utiliser la résistance du moteur pour ralentir le véhicule, sans toucher aux freins. Cela permet de garder une vitesse constante et maîtrisée, et de préserver les plaquettes et les disques pour les vrais freinages d’urgence. La descente dure environ 45 minutes, il est donc crucial de l’adopter.

Comment l’utiliser concrètement ?

  • Boîte manuelle : C’est le plus simple. Rétrogradez. Enclenchez la deuxième ou la troisième vitesse. La voiture va se stabiliser à une vitesse basse (30-40 km/h) sans que vous ayez à freiner. Si la voiture prend trop de vitesse, un léger coup de frein suffit avant de laisser le moteur faire le reste.
  • Boîte automatique : Cherchez les modes spécifiques. La plupart des voitures ont une position « L » (Low), « 2 » ou « B » (Brake). Ces modes forcent la boîte à rester sur un rapport inférieur, simulant ainsi le frein moteur. Si vous avez des palettes au volant, passez en mode manuel et descendez les rapports vous-même.

L’idée est d’alterner : laissez le frein moteur faire 90% du travail et n’utilisez les freins que par petites touches pour ajuster votre vitesse avant un virage serré. Vos freins vous diront merci, et votre sécurité sera grandement améliorée.

Pourquoi ne faut-il jamais s’arrêter sur la chaussée pour prendre des photos des coulées ?

Le titre mentionne les « coulées », ce qui est plus spécifique à la route du Volcan. Cependant, la règle est universelle sur toutes les routes sinueuses et touristiques de l’île, y compris le Maïdo : on ne s’arrête jamais en plein milieu de la route pour une photo, aussi beau soit le panorama. C’est une question de bon sens et de sécurité vitale. La route du Maïdo est étroite, les virages sont sans visibilité et la circulation peut être dense. Avec plus de 350 000 passages enregistrés en 2022, le Maïdo est le deuxième site naturel le plus fréquenté de l’île. S’arrêter à l’improviste, c’est créer un danger mortel pour vous et pour les autres.

Heureusement, la route a été pensée pour les amateurs de beaux paysages. Les « pauses stratégiques » pour les photos sont non seulement possibles, mais encouragées, à condition de les faire aux bons endroits. Pas besoin de prendre de risques, des dizaines de spots sécurisés n’attendent que vous :

  • Le belvédère final : C’est l’évidence. Le grand parking aménagé offre la vue la plus spectaculaire sur Mafate en toute sécurité, avec même un accès pour les personnes à mobilité réduite.
  • Le snack « Chez Doudou » : Environ 2 minutes avant d’arriver au sommet, un petit parking sur la gauche offre déjà une vue imprenable et permet de se garer sans danger.
  • Les aires de pique-nique : Beaucoup de kiosques le long de la route forestière offrent des percées visuelles magnifiques sur la côte ouest.
  • Le point de vue de La Vigie : Un autre point de vue officiel qui offre un panorama différent et sécurisé.

L’idée est toujours la même : on planifie sa pause. Vous voyez un bel endroit ? Ne pilez pas. Ralentissez, mettez votre clignotant, et garez-vous sur un accotement large ou une aire dédiée. La photo sera tout aussi belle, et vous resterez en vie pour la partager.

Comment fixer son hamac entre deux arbres sans abîmer l’écorce ?

Après le pique-nique, la photo et la luge, vient le temps de l’activité reine des hauts de La Réunion : la sieste en hamac. S’installer entre deux tamarins, se laisser bercer par le vent frais en écoutant le silence de la forêt… c’est le bonheur absolu. Mais ce petit plaisir a une responsabilité : celle de préserver l’écosystème unique dans lequel on se trouve. La forêt de Tamarins des Hauts est endémique de l’île, ce qui signifie qu’elle n’existe nulle part ailleurs. La Réunion étant l’un des 34 « points chauds » de la biodiversité mondiale, chaque arbre est précieux.

Utiliser une corde fine directement sur le tronc peut blesser l’arbre, entailler son écorce et créer une porte d’entrée pour les maladies. Heureusement, il est très simple d’installer son hamac de manière respectueuse. Il suffit de suivre quelques points de contrôle simples.

Votre plan d’action pour une installation de hamac respectueuse

  1. Choix des arbres : Repérez deux tamarins qui vous semblent robustes et en bonne santé, avec un tronc d’un diamètre minimum de 20 cm. Cela garantit qu’ils peuvent supporter le poids sans plier.
  2. Type de sangle : Oubliez la cordelette ! Utilisez impérativement des sangles larges (3 cm minimum). Elles permettent de répartir la pression sur une plus grande surface et évitent l’effet « garrot ».
  3. Ajout d’une protection : C’est le geste qui fait toute la différence. Avant de passer la sangle, placez un morceau de tissu épais (une vieille serviette, un bout de mousse) entre la sangle et l’écorce. Cette couche supplémentaire absorbe la friction et protège le « cambium », la partie vivante de l’arbre juste sous l’écorce.
  4. Hauteur et tension : Ne tendez pas votre hamac à l’horizontale. Donnez-lui une belle courbe, comme un sourire. Cela réduit la tension sur les sangles et les arbres.
  5. Inspection au départ : Avant de partir, vérifiez que vous n’avez laissé aucune trace, ni sur l’arbre, ni au sol. Le meilleur visiteur est celui dont on ne remarque pas le passage.

En suivant cette checklist, vous profitez de votre sieste en toute quiétude, sachant que vous contribuez à la protection de ce patrimoine naturel exceptionnel. C’est ça aussi, l’esprit de la route du Maïdo : profiter de la nature, sans la dégrader.

À retenir

  • Transformez la contrainte mécanique (surchauffe) en une opportunité de découverte en planifiant des pauses stratégiques et curieuses.
  • Adoptez une conduite souple et anticipée pour le confort de tous et utilisez systématiquement le frein moteur en descente pour la sécurité.
  • Profitez des trésors du Maïdo (pique-nique, hamac) en respectant la nature et les traditions locales (arriver tôt, ne laisser aucune trace).

Point de vue du Maïdo ou de Bois Court : quel panorama privilégier pour une photo « carte postale » ?

Vous êtes arrivé au sommet, ou presque. Le moteur est sauf, l’estomac est plein, et l’appareil photo est prêt à immortaliser la beauté de l’île. Mais une question se pose souvent : le Maïdo est-il LE meilleur point de vue ? Pour une photo « carte postale », faut-il privilégier son panorama grandiose ou l’ambiance plus intimiste d’un autre site comme Bois Court, au-dessus de la Plaine des Cafres ? La réponse dépend entièrement de ce que vous recherchez.

Le Maïdo, c’est le spectacle brut et vertigineux. C’est le balcon ultime sur le cirque de Mafate, avec le Piton des Neiges en toile de fond. C’est une vue qui écrase par son immensité et sa sauvagerie. Bois Court, lui, offre une expérience différente. C’est une vue plongeante sur la vallée encaissée où se niche le petit village de Grand Bassin. C’est plus bucolique, plus paisible, une sorte de tableau vivant.

Pour vous aider à choisir votre décor de carte postale, voici une comparaison directe :

Comparaison des points de vue : Maïdo vs Bois Court
Critère Maïdo Bois Court
Altitude 2 190 mètres ~1 500 mètres
Vue principale Cirque de Mafate, Piton des Neiges Vallée encaissée, village isolé
Meilleur moment Lever du soleil (5h-7h) Milieu de journée
Accessibilité Parking aménagé, accès PMR Route plus étroite
Ambiance Grandiose, vertigineux, sauvage Intimiste, bucolique, paisible

Alors, lequel choisir ? Pour la photo « waouh » qui capture l’immensité de La Réunion, le Maïdo est imbattable, surtout au lever du soleil lorsque les nuages remplissent encore Mafate. C’est le cliché emblématique. Pour une photo plus poétique, qui raconte une histoire de vie dans un lieu isolé, Bois Court est un excellent choix, surtout en milieu de journée quand le soleil illumine le village en contrebas. Au fond, le mieux est encore de faire les deux, car ils ne racontent pas la même île.

Maintenant que vous avez toutes les clés pour transformer la montée au Maïdo en une expérience riche et sereine, il ne vous reste plus qu’à prendre le volant. Appliquez cette philosophie de la « surchauffe positive » et redécouvrez cette route mythique avec un œil neuf.

Rédigé par Sophie Rivière, Experte en organisation de voyages sur mesure à La Réunion avec 12 ans d'expérience en agence réceptive. Spécialiste des logistiques familiales et de l'optimisation budgétaire.